La parenthèse (2016) 

Réalisée en 2016, alors que Don Freddie Primero pratique la photographie depuis moins de trois ans, La Parenthèse naît après une rupture sentimentale particulièrement douloureuse. La photographie devient alors un espace de respiration et, très vite, le projet s'impose comme un véritable journal de bord, dans lequel chaque image témoigne d'un instant vécu, d'un état intérieur et d'une étape de reconstruction.

Quelques mois plus tard, la découverte d'un germinome cérébral vient bouleverser cet équilibre. Les premiers symptômes se manifestent par une diplopie (vision double), une atteinte particulièrement déstabilisante pour un photographe dont le regard constitue le principal outil d'expression. Ce trouble est vécu comme une menace directe contre cette bouée de sauvetage qu'est devenue la photographie, au moment même où celle-ci permettait de continuer à avancer.

Le titre La Parenthèse ne fait pas référence à la rupture, mais à la période de la maladie. Il trouve son origine dans les mots de la psychologue du service de neuro-oncologie de la Pitié-Salpêtrière, qui invite alors Don Freddie Primero à considérer cette épreuve non comme une fin, mais comme une parenthèse dans son existence : un temps suspendu, appelé à se refermer pour laisser place à une nouvelle étape de vie. Cette idée devient le fil conducteur de toute la série.

À travers ce travail, Don Freddie Primero adopte une écriture photographique intime et documentaire. Sans chercher à dramatiser le réel, il transforme l'appareil photo en un outil de mémoire, capable de saisir ce qui échappe aux mots. Photographier devient une manière de garder la tête hors de l'eau et de donner une forme visible à un cheminement profondément personnel.

Présentée en trois actes — Le Germinome (Acte I), The Cure (Acte II) et The Radio (Acte III) — La Parenthèse retrace un parcours où la photographie accompagne l'épreuve, la résilience et la renaissance. Plus qu'un témoignage sur la maladie, cette série affirme le pouvoir de l'image comme moyen de survie, de mémoire et de transmission.

Le Germinome — Acte I

L'histoire bascule avec l'apparition d'une lésion calcifiée dans la région pinéale du cerveau. Les premiers symptômes se manifestent par une diplopie, conséquence d'une atteinte des voies visuelles. Pour un photographe dont le regard est devenu un refuge, cette altération de la vision constitue une épreuve aussi symbolique que physique.

À l'annonce, le temps semble s'arrêter. Le diagnostic reste incertain. Les médecins parlent volontairement de « lésion », préférant éviter les mots tumeur ou cancer. En raison de la localisation particulièrement délicate de la masse, au cœur de la région pinéale, une intervention chirurgicale est d'abord jugée trop risquée. Pendant près de six mois, une IRM mensuelle devient le seul moyen d'observer son évolution, tandis que chaque journée est vécue dans l'attente d'une réponse que personne ne peut apporter.

Cette période révèle la fragilité de toutes les certitudes. Face à la maladie, ni la réussite, ni l'argent, ni les projets ne semblent avoir le moindre pouvoir. L'avenir se réduit à une succession d'examens médicaux, d'attentes et de décisions impossibles. Dans ce vide, la foi prend une place nouvelle. Une prière prononcée dans le silence d'une église devient un point d'ancrage, bientôt suivie d'une conviction intime, résumée par ces mots : « No tengas miedo » — N'aie pas peur.

Après plusieurs avis médicaux, une prise en charge est finalement organisée à l'hôpital Foch de Suresnes. Une première biopsie, réalisée en septembre 2016, ne permet pas d'établir de diagnostic : le prélèvement est insuffisant. Cinq semaines d'attente s'ajoutent à l'incertitude avant qu'une seconde intervention, beaucoup plus lourde, ne soit décidée. Une chirurgie extemporanée est alors programmée afin d'établir le diagnostic pendant l'opération elle-même.

Sur le trajet vers le bloc opératoire, le regard suit les néons qui défilent au plafond. Cette image, gravée dans la mémoire, porte une question silencieuse : sera-ce la dernière vision avant l'anesthésie ? Quelques heures plus tard, le réveil marque le début d'un nouveau chapitre. Le diagnostic est enfin connu. L'incertitude laisse place à une autre bataille : celle du traitement.

Ajouter un commentaire

Les commentaires sont vérifiés avant publication.
Message